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31.01.2008
Getting my heart back together again
Il faut admettre que la plupart du temps, dans nos contrées gonflées d'abondance, "produire de l'art" n'a pas grand chose à voir avec créer.
C'est plutôt une façon détournée de faire référence à cette abondance, à ces sentiments liés à l'abondance, à ces sensations générées dans une distance de la vie, qu'on fait passer pour la trame commune des expériences du monde sensible.
Parler, créer, hurler, aujourd'hui, sont des activités secondaires par rapport au fait de posséder. C'est pourquoi dans la majorité des cas, ce sont des activités qui font l'économie de l'effondrement de la culture comme roue du pouvoir, cette chute qui rendrait nécessaire une affirmation enfiévrée d'une vie frémissante, combattante, suprême, y compris dans le chaos le plus total ou sous l'oppression de l'ordre qui va jusqu'à faire abdiquer les âmes.
Il n'y a pas de besoin de l'art, ni de ses fétiches. Comme l'écrivait Raoul Vaneigem,"qui va au fond de soi sait comment construire le monde au verso des ruines qui l’encombrent". Chaque jour passe, son angoisse diffuse s'y est dénouée quelques secondes devant un sourire, un regard, une suite d'images ou de mots qui formaient un pays.
Je passais hier au soir dans la cour carrée du Louvres et, sous un porche, quelqu'un jouait du trombone. Sa musique résonnait dans les lumières géométriques frappant les parois de l'immense architecture. La cour était glacée et la chaude plainte du trombone, roulait seule jusqu'à moi comme un chant d'espoir et puis me parlait.
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29.01.2008
Golden years
Ainsi donc la terre tourne et nous étions quelquepart, là où les routes se noient dans le brouillard et où des figures venues d'ailleurs surgissent lentement hors de l'épaisse brume comme des vaisseaux consumés.
A chaque apparition tirée du néant gris, nos coeurs se serraient, car nos vies traversaient ce monde, pour ainsi dire, à tombeaux ouverts vers un ciel sans zénith, des routes sans début, ni fin, alors que nos corps palpitaient dans cette immensité froide, visités de visions.
Nous étions hors de nous, mais pourtant si petits dans ces sacs de chair.
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25.01.2008
Echo canyon
Je m'interrogeais en regardant la scène magnifique de poursuite en voitures sous pluie noire et battante qui hante "we own the night" de James Gray. Je m'interrogeais sur la tragédie. Plus j'y pense plus il me semble que la tragédie n'a rien a voir avec une "ambiance". Il faut voir ce film pour bien comprendre ce que je veux dire par là, tant je crois que j'aurai des difficultés à traduire cette sorte de stupeur glacée, cette évidence de la fatalité et qui, par la même, disloque toute "ambiance" et tout élément cosmétique.
Ce qui se joue là est intimement connecté à l'essence même de nos vies.
Un autre élément frappant de la tragédie, en tout cas celle qui se déploie dans cette scène, dans ce film, c'est le parfait corps à corps de la beauté et de l'horreur, le geste qu'on voit comme dans une nuit sans retour, l'équilibre qui jaillit du vide, de l'appétit du vide, et de cette force vitale qui voudrait, dans cet instant figé, embrasser le monde sur les lèvres avec la dernière énergie, la plus belle, celle vers laquelle tout mène, celle qu'on voudrait éterniser pour jamais car elle va clore toutes les autres et mettre fin à toute cette terreur mêlée d'amour.
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21.01.2008
I sing just to know that i'm alive
Je longe l'immense mur du cimetière Montmartre, rue Etex. Je suis derrière un homme et son jeune fils. Je l'entends lui demander très distinctement "qu'est ce que la conscience de soi ?".
Peut être qu'il est fou ou peut être que tu es simplement l'homme le plus lucide de Paris en ce dimanche, à poser cette question à ce jeune garçon qui t'écoute pourtant, en marchant devant toi, le long de ce mur de briques rouges ; aujourd'hui on aurait dit une ceinture pourpre et épaisse cinglante dans l'air gris. Mais peut être que j'ai tort.
Qu'est ce que la conscience de soi ?
Je ne sais pas. Ce que je pense c'est que tout le problème est peut être déjà de poser cette question à un jeune garçon qui n'a pas encore tout perdu, car il n'y a pas de consistance de la conscience de soi, mais il y a une consistance de la perte et de la quête de l'enfance. La joie et la magie de minutes claires, fraîches, enivrantes et miraculeuses.
Je ne sais donc pas si il y a une conscience. Mais du haut d'un squelette d'homme qui a malheureusement grandi, ce que je sais c'est qu'il faut sans doute nourrir une résistance.
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19.01.2008
E.J
"Le chant de l'homme - cette chanson qui tout ensemble éclate avec orgueil et supplie tout bas."
Ernst Jünger, Le Coeur aventureux
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16.01.2008
Even in this moment
Oui, sans doute les grands livres, les grands poètes sont les voix d'après l'amour et la mort, de la manière la plus tangible qui soit. C'était inhumain et voilà que, à présent, cela traverse les coeurs et les gorges.
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13.01.2008
If love is a red dress
Comment la mort pourrait ne pas être une obsession ?
Une alternative vient à l'esprit et c'est bien sûr l'amour.
Je ne sais pas si l'amour est cet absolu qui transcende la mort même si je conviens que, en son sein, prennent place des accès d'une grande netteté, d'une puissance qui annihile toute tentative de vouloir les saisir par des mots et tenter de les habiter. L'amour vrai chavire et dans une certaine mesure, révèle un visage parfaitement monstrueux, au sens où il est une expérience de territoires glacés, de béances volcaniques où s'engouffre la peur de n'être plus rien dans l'adoration, dans le feu qui consume face à l'être qui se tient là, existe et nous dévore.
14:35 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.01.2008
No name #4
Frédéric Berthet l'écrivait quelquepart dans son Journal de Trêve, je le cite de mémoire, on ne sait rien du mot qui viendra après. Le mot, je dirais même le son, en quelque façon, s'engendre. Un peu comme un big bang, tendu, continu et sous cet aspect il est aussi une expérience anticipée des franges du néant.
Je crois qu'un monde désséché par la marchandise n'est qu'un néant frelaté (cette "non vie" dont parle Guy Debord), autrement dit quelquechose qui n'existe pas et qui surtout n'a pas cette intégrité que donne la mort, la mort comme totalité, comme passage.
C'est pourquoi la création et spécialement l'écriture sont essentielles pour nous qui voulont être en vie, car il faut vivre - oui VIVRE ! - avec intensité et avec le tranquille recueillement, quand cela est possible, de ceux qui un jour et pour toujours vont s'assoupir dans l'abîme.
21:45 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Caring is creepy
Peut être que la différence à présent c'est que je me fous de la manière dont tout ça sera reçu. Non, disons que ça m'importe moins. Jérome Attal dans son journal écrit cette chose déchirante que, parfois, il expérimente une solitude qui est juste absolue quand il prend conscience qu'il n'est pas compris ("comme chassé de la possibilité d'être compris et celle de pouvoir parler", écrit-il magnifiquement), et que c'est sans issue.
Je ne veux pas de considération ou plutôt je n'y peux rien. Mais ce que je veux c'est transmettre. C'est dire "oui j'étais là aussi", lever un voile ou le poser. Dire simplement que nous sommes de temps en temps frères ou soeurs et que ça a le plus souvent à voir avec les ténébres. Mais dans la vraie nuit pure et entière rien ne ressemble à des regrets.
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10.01.2008
Echo : a personal message
(Juillet 2005)
Sans fin je parcours les mots, l'enchevêtrement des plaintes, de discours vaguement prophétiques, de somptueux aveux, ce sentiment constant de perdition proprement océanique mais un océan auquel on aurait retranché la plénitude, la grandeur et les rives. Il y a cette traque sourde qui travaille les âmes, la poursuite du seuil où l'on sent l'arête du ciel rompre, un soulagement de corps qui cédent comme dans le plus secret retranchement d'un lit fiévreux. Là où l'athmosphère change d'arôme sur la langue car l'orage a enfin frappé et dévoré l'attente, laissant place à un appétit de véritable lumière.
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