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29.02.2008

Arianne

Le métro comme ces différents endroits sur la planète où ils nous faut transformer en une terre amie un espace résolument conçu contre nous, le métro donc, pousse l'humain civilisé en deçà de sa zone de confort.  Il doit alors composer, se mettre en scène, l'essentiel étant de se donner une assurance extérieure parmi le bruit, dans la puanteur, devant ces autres êtres qui semblent se tenir ici pour l'accompagner ou le jauger. Il faut surtout oublier d'être là ou, si cela est impossible, mettre le plus de distance entre soi et cet univers qui peut être un sous-enfer pour quelques minutes.
Je souffre parfois dans ce contexte mais j'essaie d'avoir une empathie pour ceux qui, manifestement, souffrent encore plus.

Certains jours noirs, sous les néons crasseux, toutes ces âmes compressées dans les rames me font l'impression d'une seule et immense agonie techniquement organisée.  Un jour je croise une belle jeune femme asiatique, une virgule rouge en forme de lèvres, les yeux fermés en de longues amandes effilées. Elle dort, parfaitement. Le visage stable et calme, qui transforme tout alentour en élément incongru, vulgaire, perturbant. C'était comme si elle invitait dans son sommeil ceux qui le voulaient. Dans ses rêves, on devinait que le métro n'était pas ce vers roulant dans les entrailles, il était peut être une promenade aérienne dans des paysages de neige.

Y'avait-il des réponses ? Je ne savais pas. Je savais cette élégance des âmes.